| Vins : la Suisse a du coffre Vin suisse, terroir, cépage et vignoble suisse Qui ignore la Suisse et son vignoble ne peut appréhender le monde du vin dans sa foisonnante diversité. En effet, le vignoble helvète a cette particularité de posséder et de cultiver un nombre incroyable de cépages autochtones. Une telle richesse ampélographique ne cesse de m’émerveiller tant la variété des palettes aromatique et gustative semble infinie. C’est bien là l’intérêt majeur de ce patrimoine : parfaire l’éducation de nos palais, cultiver l’émotion gustative pour mieux échapper aux pièges de la banalisation commerciale et de la facilité. En partant de ce patrimoine inestimable, les meilleurs vignerons suisses s’efforcent de produire des vins de grande expression. Je souscris pleinement à cette démarche qui perpétue l’histoire et la culture du vignoble suisse. Une philosophie salutaire dans une Europe viticole désarçonnée, battue en brèche par les vins du nouveau monde et tentée par les sirènes de la standardisation. Il n’est qu’à considérer la forte personnalité des cépages blancs cultivés dans ces vallées alpines pour comprendre que la Suisse mène le bon combat. Sa première arme : la petite arvine, le grand cépage blanc suisse, même s’il ne représente que 65 hectares plantés, principalement en Valais, sur les 15 000 hectares que compte la Suisse. Sèche, flétrie ou en grain noble, la petite arvine possède une indiscutable personnalité. Elle brille notamment par sa capacité à donner des vins mûrs, à l’acidité remarquable, par une adaptation idéale au terroir qui lui permet d’exprimer minéralité et finesse ou encore par son aptitude au vieillissement. Une dégustation au Café des Négociants à Genève, me l’a confirmé. Un moment de grâce où j’ai pu mesurer la véritable valeur de ce cépage emblématique. Cultivé sur le terroir de Fully, près de Martigny, dans le Valais, il impressionne. Là, Benoît Dorsaz élabore une prodigieuse cuvée Quintessence. Le 2002 atteint l’harmonie totale. Nuances de rhubarbe, de glycine, d’épices douces… l’expression est superbe, la puissance élégante, la finale légèrement salée. La séduction opère. J’ai aussi flashé sur une sélection grain noble signée par Marie-Thérèse Chappaz, de la cave Liaudizas (Fully). Marie-Thérèse produit des vins remarquables, dignes des plus grands d’Europe. Sa petite Arvine grain noble 1998 révèle une riche palette aromatique sur les fruits jaunes et exotiques. Ample et suave, douce et fraîche… on en a presque la chair de poule. La petite arvine de Denis Mercier est un autre régal. Plus minérale, moins sur la maturité, avec de fines notes d’infusion de thé noir, quelque peu poivrées, elle envoûte par sa texture délicate, son équilibre frais et tendu. Quelle longueur ! Son particularisme, la Suisse le cultive aussi avec l’amigne. Avec ses 24 hectares plantés, en grande partie autour du village Vétroz, toujours dans le Valais, cet autre cépage blanc semble à priori anecdotique. Une impression vite balayée lorsque l’on déguste les vins de Fabienne Cottagnoud, de la cave des Tilleuls. Ici, l’amigne planté sur du calcaire offre une richesse et une superbe complexité. Le 2003 est un modèle du genre : nez mûr et frais, aux notes de poire juteuse, d’épices douces, aérien pour un millésime solaire, bouche à l’ossature généreuse, pleine et profonde. Je finirai cette trilogie, valaisaine, par le fendant ou le chasselas. Ce cépage blanc ne m’a pas toujours séduit, mais quand on a la chance de goûter la cuvée Moette 2003 de Simon Maye (Saint-Pierre de Clages), on rejoint vite les rangs des amoureux de ce chasselas alpin. Bien conduit par un grand vigneron, il vous procure plaisir et émotion. La revue des Vins de France février 2005
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