| Un bon coup de Valais ! Parler du chasselas en Suisse apparaît comme une évidence. Avec plus de 5 200 hectares plantés en superficie dans tout le pays, dont une majorité en Suisse francophone, ce cépage façonne largement l’identité du vignoble helvète, pour le meilleur et parfois hélas, pour le pire !
Prenez le meilleur dans le canton de Vaud, avec tous ces crus du Chablais, de Lavaux et de La Côte où l’on trouve de subtiles expressions du chasselas. Dans la région du Valais, en revanche, le bilan est plus contrasté. Là, l’hétérogénéité en termes de qualité est une réalité. Le fameux fendant, nom local du vin de chasselas, réserve des surprises parfois… amères. Il faut toutefois signaler que les vignerons respectueux de la vigne en livrent des versions cristallines, d’une grande pureté aromatique et d’une très belle définition de bouche. Pourquoi une telle disparité ?
Le chasselas, quand il est bien né, est d’une extrême sensibilité à la diversité des sols, à son exposition, ainsi qu’à l’altitude. Cette différence offerte par les terroirs se montre complexe dans le Valais. Ainsi, vous trouverez les fendants les plus minéraux à Martigny, Ardon, Fully et Vétroz, les plus amples et les plus gras à Chamoson et sur les coteaux de Sion, les plus puissants à l’amertume minérale sur les coteaux de Sierre. Une complexité désormais comprise et domptée par les meilleurs vignerons du Valais qui, aujourd’hui, déclinent leur fendant en leur imprimant des degrés d’identité de terroir plus ou moins affirmés. Cette tendance et cette démarche valorisent ce cépage souvent déprécié en termes de prestige dans le Valais.
Lors d’une dégustation en présence de mon ami Pierre Carrier, chef et propriétaire du Hameau Albert Ier à Chamonix, et de mon cher ami Christian Martray, chef sommelier de cet établissement, nous avons mesuré ces nuances.
À commencer par les quatre fendants que propose l’incontournable Marie-Thérèse Chappaz, viticultrice à Fully. Élaboré pour la première fois sur le millésime 2004, son Coteaux de Plamont a eu notre préférence. Il se distingue par son élégance et sa finesse minérale. C’est un vin vif, tendu mais doté d’une superbe longueur. Dans un style plus ferme et plus puissant, sa cuvée Président Troillet 2004 possède une classe énorme associant gras et rondeur.
Le fendant est aussi un vin de grande pureté. N’est-ce pas Denis Mercier ? Son chasselas 2004 récolté sur les coteaux de Sierre en témoigne. Un vrai vin de gastronomie au style plus facile et moins “terroir”, mais doté d’un fruit gourmand et flatteur. Dans un registre plus désaltérant, nous avons également aimé l’harmonieux Coteaux de Sierre 2004 de Claudy Clavien, à Miège, ou encore La Trémazière 2004, la plus simple des cuvées de Simon Maye, à Chamoson, pour son fruit intense, ses notes de pomme Granny Smith. Et même si nous n’avons pas eu la chance de la goûter, je me dois d’évoquer La Mouette 2004, la cuvée de haut vol signée par ce même Simon Maye, qui est souvent un exemple de définition du terroir. Je terminerai par Nicolas Zufferey, de la Cave des Bernunes, à Sierre, pour le registre très mûr et l’ampleur de son chasselas 2004, au gras et à la puissance incroyables.
Enfin, le chasselas possède des qualités gustatives qui en font un vrai vin de gastronomie. Les accords sont multiples : poisson de rivière, façon meunière ou frit, assiette baltique avec ses poissons crus marinés et fumés, fruits de mer, sushi et sashimi (le minéral du vin se comporte bien sur le wasabi), fromages à pâtes pressées, cuites et non cuites. Bon appétit !
Olivier Poussier pour la Revue des Vins de France - octobre 2005 |  |  | | En savoir plus | | | 
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